« Quand la découverte de l’Autre mène à la découverte de Soi » - Rencontre avec Charlotte Courtois, ancienne élève du lycée Condorcet de Sydney et fondatrice de Konstelacio

 

Ancienne élève du lycée Condorcet de Sydney, Charlotte Courtois a également vécu en Tunisie, en Espagne et réalisé un tour du monde en solitaire pendant 15 mois. Très tôt, grâce à son parcours, elle se rend compte des caractères communs des peuples, au-délà des différences de cultures et de traditions. Rencontre avec Charlotte Courtois, fondatrice de Konstelacio, association qui sensiblise au dialogue entre les cultures. L'association s'adresse en priorité aux enfants et s'appuie sur une approche ludique et participative, alliant jeux, dessins et travail collaboratif. Konstelacio est parrainée par la comédienne Bérénice Bejo.

 

1- Charlotte, peux-tu te présenter et nous en dire plus sur ton parcours ?

Je m’appelle Charlotte Courtois, je suis une ancienne élève du lycée Condorcet de Sydney où je suis restée 2 ans, de 1999 à 2002. Je suis arrivée là-bas en classe de 3ème, j’y ai effectué ma Seconde et une partie de ma Première. Mes parents ont toujours été de grands voyageurs, ils déménageaient beaucoup et nous emmenaient partout (je suis l’aînée de quatre enfants). C’est comme ça que j’ai passé une partie de mon enfance en Tunisie également avant de débarquer en Australie. Très tôt, j’ai appris qu’il y avait plein de façons de vivre, que notre façon de faire n’était pas la seule et unique et que je pouvais en même temps partager beaucoup de points communs avec les gens que je rencontrais. 

 

2- Que s’est-il passé à ton retour en France ?

A mon retour d’Australie, j’ai 15 ans et aucune idée de ce que je veux faire dans la vie sauf peut-être repartir à l’étranger ou travailler dans un environnement multiculturel. Après mon Bac, j’effectue un double Bachelor dans une école de commerce international. J’avais un cours hyper intéressant sur le management interculturel et d’ailleurs, j'ai rédigé mon mémoire sur la gestion de la diversité culturelle en entreprise et l’utilisation de la narration pour sensibiliser les managers à ce sujet. J'opte ensuite pour un master de recherche en sociologie et anthropologie sur les relations interethniques et les migrations, à Nice. C'est à ce moment que les choses s'accélèrent...

 

3- Qu’est-ce qui t’amène à créer l’association Konstelacio ?

De retour à Paris, après l’obtention de mon Master 2, je bosse d’abord dans une association qui travaille sur la gestion de la diversité en entreprise. Mais je suis un peu déçue. Je constate qu’il est surtout question de l’égalité hommes-femmes, de handicap, des seniors et, dans une bien moindre mesure, des faits religieux et ethniques. C'est davantage fait pour éviter les discriminations que dans une réelle recherche de diversité. Je suis un peu frustrée de voir que les entreprises les plus proactives sur le sujet sont généralement étrangères et le plus souvent américaines. Je décide donc de me lancer seule dans un tour du monde de 15 mois pendant lequel j’interviens dans des écoles, où je fais écrire aux enfants des histoires sur leurs cultures et leurs traditions. Je me rends compte alors qu'eux aussi ont des choses à partager malgré leur jeune âge. A cet instant, je tiens mon tout premier projet que je nomme Polaris. C'est pour continuer de développer des projets que j'ai créé l'association Konstelacio en 2011.

 

4- Comment fonctionne l’association et quelles sont les actions que vous menez ?

Je vais vous donner un exemple : nous avons mené un projet artistique réunissant 6 musiciens tunisiens, bretons et indiens. L’idée était de faire découvrir aux enfants via la musique et les instruments traditionnels, toutes les jolies choses qu'on peut faire ensemble malgré ou grâce à nos différences. Avec ce projet, intitulé Lyra, nous sommes intervenus auprès de 1300 enfants dans les 3 pays concernés. On a également enregistré un album de compositions indo-tuniso-bretonnes ; et j’ai écrit Le fabuleux voyage d’Arwenn, un conte musical dont les illustrations sont inspirées des séjours en Inde, en Tunisie et en Bretagne.

Nous essayons de trouver des financements pour développer nos actions et les proposer gratuitement à des structures travaillant avec des jeunes publics dans le monde. 

Ces projets peuvent être organisés autour de thèmes différents (la musique, les contes ou la cuisine), l’objectif est toujours d'amener les publics à se rendre compte que nos cultures sont le résultat de métissages et de rencontres entre des peuples.

Konstelacio fonctionne avec un Conseil d’administration de 7 personnes, une quinzaine de bénévoles actifs et une soixantaine d’adhérents. Depuis 2011, nous avons déjà touché plus de 3700 enfants dans 12 pays. 

 

5- Tu interviens essentiellement auprès des publics jeunes, pourquoi ?

Plus la question de la diversité est abordée tôt, plus elle est ancrée dans leur mode de pensée et plus cela peut changer la société.

Nous intervenons beaucoup dans les écoles mais aussi auprès d’ONG, d’hôpitaux, d’orphelinats, de centres communautaires etc… Pour chaque action dans un pays, on intervient 3-4 fois par semaine pendant 2-3 mois. On peut aussi proposer des ateliers sur des durées plus limitées. On travaille beaucoup sur la découverte des autres cultures mais pas seulement.

Par exemple, un jour pendant que je travaillais sur le projet Polaris, je me trouvais dans une école en Tunisie. J'ai demandé aux enfants d'écrire une chose qu’ils aimaient dans leur culture et qu’ils voulaient protéger. J’ai eu un tiers de copies blanches... ! Donc c'est aussi important d’apprendre aux enfants à mieux se connaître, à valoriser leur propre culture pour pouvoir la partager avec les autres.

 

6- Est-ce que ton passage dans un établissement français à l l’étranger a été déterminant dans ton parcours ?

Oui et non. Il est clair que mon passage en Australie a été important dans mon parcours professionnel. C’est là-bas que j’ai vraiment été confronté à la diversité pour la première fois. Mais plus généralement, je pense que c’est le fait d’avoir pas mal bougé et déménagé, très tôt avec mes parents, qui a été déterminant et m’a donné cette ouverture sur le monde et sur les autres.

 

7- Comment le réseau mondial des Alumni pourrait t’aider dans ton engagement ?

D’abord, la question de l’hébergement dans mes projets est primordiale. Donc si on peut être accueilli chez des personnes sur place, c’est l’idéal, c’est ce qui nous aide à découvrir la culture, le pays, plus rapidement et plus efficacement ! Et c’est beaucoup plus sympa que d'être à l’hôtel ! (rires)

Ensuite, dans les projets que l’on mène et dans nos principes d’action, intervenir en école est très important pour nous mais c’est très compliqué de démarcher quand on est loin. Donc la mise en relation que l’Union-ALFM peut effectuer avec les lycées, grâce aux associations locales peut nous être d’une grande aide.

D’autre part, dans notre réseau d’anciens élèves, il doit y avoir pas mal de personnes qui travaillent dans de grandes entreprises et qui pourraient devenir des mécènes pour Konstelacio. Souvent il faut des parrains ou des sponsors salariés dans l’entreprise pour obtenir ce type d’aide. Donc si des anciens élèves veulent nous parrainer pour obtenir des financements, ce serait avec grand plaisir ! Et puis je voudrais partager une anecdote : on vient d’accueillir un nouveau membre au sein de notre CA, Christian Rieussecc’est l’ancien instituteur de mon frère et de ma sœur quand ils étaient à l'école française de Sydney. Il a également été prof au lycée français du Vanuatu. On était resté en contact pendant tout ce temps et il vient tout juste de nous rejoindre chez Konstelacio ! La boucle est bouclée 😊

 

 

Propos recueillis par Virginie Triveillot, Coordinatrice de projets pour l'Union-ALFM.

www.konstelacio.org

 

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