Gerardo Paolera : “La Covid 19, personne ne s’y attendait. (...) Néanmoins, toute crise crée des opportunités et c'est, je crois, ce qu'il est important de retenir.”

Gerardo Della Paolera, né d’un père français et d’une mère croate, est un ancien élève du lycée franco-argentin Jean Mermoz de Buenos Aires. Il travaille dans la capitale argentine où il préside une organisation à but non lucratif oeuvrant dans l’innovation sociale, la Fundación Bunge y Born. Professeur d'économie à l'université, il nous donne ses impressions sur la crise économique depuis l'Amérique Latine. 

 

Gerardo Della Paolera,
Alumni du Lycée franco-argentin de Buenos Aires

Gerardo, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

J'ai un doctorat en économie obtenu aux Etats-Unis où j'ai enseigné pendant près de 7 ans (Université de Stanford, de Columbia et de Chicago). En 1990 je suis rentré à Buenos Aires pour intégrer l'Université de recherche Torcuato Di Tella dont je suis membre fondateur. J'ai également été président et recteur de The American University of Paris, après y avoir enseigné l’économie de 2002 à 2009. J’ai dirigé the Global Development Network (2009 à 2012), une organisation publique basée à New Delhi, dont l’objectif est de contribuer à un développement plus inclusif à travers des projets de recherche en sciences sociales.

Vous travaillez dans le monde de l’économie, pensez-vous qu'être un ancien élève forge de manière singulière ? Cela a-t-il engagé l’internationalité de votre parcours ?

Totalement ! Le Colegio nacional ainsi que le lycée franco-argentin de Buenos Aires sont connus pour leur qualité académique, leur cosmopolitisme et leur pluridisciplinarité. Cela dessine très souvent un profil "au-delà des frontières" et j'en suis l'exemple. La formation franco-argentine est très ouverte, très universelle et plutôt cartésienne ; elle est aussi assez individualiste mais avec un esprit de corps important. Qui plus est, j'ai été très tôt baigné dans le multilinguisme : grâce à mes parents d'une part et grâce à ma scolarisation d'autre part.

Cela m'a forgé en tant qu'homme, dans ma façon de percevoir le monde qui m'entoure mais aussi dans ma perception des relations homme/femme. En effet la vision de la femme était différente dans les années 60-70 ici en Argentine. Au lycée, qui était un lycée mixte, elle était abordée de manière très moderne. J’ai toujours été très fier de mon lycée. Même pendant les années difficiles, en 1974 notamment, année du coup d’état, l’indépendance pédagogique s’est maintenue et le lycée n’a pas changé.

Comment voyez-vous la crise liée à la COVID-19 ? Comment cela a-t-il affecté l'Argentine par exemple ?

La Covid 19, personne ne s’y attendait. Avec la lecture que l’on peut en faire a posteriori - un an après - il semble évident qu’il y a une très grande responsabilité de la Chine, et une responsabilité plus ou moins importante des pays de l’Europe et du Nord. Néanmoins, toute crise crée des opportunités et c'est, je crois, ce qu'il est important de retenir.

Nous avons tout d'abord assisté à des innovations inédites sur le plan sanitaire. Secundo, une plus grande connectivité s'est installée dans le monde des affaires, notamment entre les pays développés et ceux en développement. Tertio, le télétravail, pour les personnes qui sont connectées, a permis à certaines entreprises argentines d’exporter leurs services dans d'autres zones géographiques alors qu'elles ne l'avaient jamais fait auparavant.

L'aspect plus négatif, c'est que les pays en voie de développement, qui ont des capitaux dépendants des grandes puissances, ont vu - à court terme - leur différence de revenus s'accroître. Toutefois je dirai qu'il ne faut pas cautionner cette inégalité grandissante mais s'en saisir pour entreprendre. Il va falloir être patients, résilients, et alertes devant les nouvelles opportunités et aussi apporter de l'expertise quand on en a.

Que représente pour vous le réseau des Anciens Élèves des Lycées Français du Monde ?

Je trouve que c'est une magnifique initiative ! Un réseau solidaire en faveur de l'entraide professionnelle, où l'on peut faire circuler son CV, c'est une idée formidable ! Toutes les générations d'anciens élèves doivent se l'approprier. C'est une idée qu'il faut pousser et c'est un réseau essentiel pour les jeunes qui doit venir s'ajouter à la liste de leurs autres réseaux.

Maintenir la langue française à travers ce réseau me semble aussi essentiel. La francophonie - qui est le dénominateur commun de tous les anciens élèves - est très importante. Le français véhicule beaucoup d'idées et cela fait partie du caractère de la France, que je perçois comme une "puissance douce". La société occidentale est en crise et la France doit maintenir son influence dans les autres pays. En tant qu'ancien élève des lycées français à l'étranger, nous représentons une partie de la culture française.

L’Union-ALFM organise un forum professionnel en mars 2021. Pensez-vous que ce forum est un moyen de développer son réseau professionnel à l’international ?

Evidemment ! Ce forum je le vois comme un filtre de qualité pour les entreprises qui seront présentes. Les anciens élèves, ont tous a minima le baccalauréat, un niveau de capital énorme, et plusieurs langues et cultures à leurs arcs, qui ne rêverait pas de les avoir dans ses effectifs ? C'est un vivier précieux qu'il est difficile de trouver simplement sur Linkedin, par exemple.

Une conclusion ?

Je souhaite tout simplement aux anciens élèves bon courage, patience, résilience. Je dirais qu'il faut créer, entreprendre et apporter de l’expertise.

 

Interview réalisée par Alexandre Le Boulaire, ancien élève du lycée français d'Alicante et Youssef El Alaoui, ancien élève du Lycée français de Rabat. Tous deux rédacteurs bénévoles pour l'Union-ALFM.

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