Joe Biden vs Donald Trump
Ils sont anciens élèves ou anciens professeurs des lycées français du monde. Ils ont vécu les deux dernières élections présidentielles et plus encore.... Jean Jacques Richard, Harris Womitso, et Patrick Thouron témoignent.

 

La surprise Trump 

Jean-Jacques Richard est un franco-américain ancien élève diplômé du Lycée français de New-York. Résidant actuellement à Sacramento (Californie), il suit avec attention les élections américaines depuis plusieurs décennies. L’élection de Donald Trump en 2016, il ne l’avait pas vu venir. “J’ai voté Hillary Clinton en 2016 et Joe Biden en 2020”, assume-t-il sans détours. Le bien-être et la justice sont ses maîtres mots. “Trump fut élu président au plus grand désespoir de beaucoup, dont moi pour sûr”, explique ce retraité d’Air France.

Pour Harris Womitso, ancien élève du Lycée français de Lomé au Togo, résident américain à Phoenix, en Arizona, depuis 12 ans, la surprise fut totale. “Je ne m'attendais pas vraiment à l'élection de Trump en 2016 surtout aux primaires républicaines aux dépens de Mitt Romney et Marco Rubio”, confie-t-il. S'il n’a pas encore obtenu la nationalité américaine, il suit de très près chaque élection présidentielle car “tout changement politique l’affecte directement”. “Je n’étais pas non plus fan d'Hillary Clinton et de la politique étrangère qu’elle allait entreprendre. Avec Trump j’étais assez indifférent et j’espérais que toute sa rhétorique "anti-immigration" n’était que du bluff pour être élu ce qui n’a pas été le cas”, avoue-t-il.

Patrick Thouron, ancien enseignant au Lycée français de New-York avait quant à lui prédit la victoire de Donald Trump en 2016. “Je n’ai pas été surpris et j’étais même le seul dans mon cercle d’amis à avoir anticipé le résultat. Personne n’y croyait et tout le monde l’avait pris à la légère. Par contre j’ai été très déçu”, explique-t'il. Naturalisé américain depuis 2004, il a pu participer à plusieurs élections présidentielles. Selon lui, c'est le système des grands électeurs qui a propulsé Donald Trump au rang de président. “Il ne représente plus du tout la réalité du paysage politique américain. En 2016, le candidat qui a perdu avait
3 millions de voix en plus. Toute une frange de gens pense que ce n’est pas soutenable”
, décrypte le professeur.

Une élection 2020 décisive...

Dans le quartier de Jean-Jacques Richard, rares sont les maisons affichant délibérément les pancartes du candidat Trump. Et pour cause, la Californie est un État majoritairement démocrate. Sans surprise, Joe Biden y a récolté 64% des suffrages. “La campagne en Californie s'est déroulée calmement, avec quelques manifestations”, décrit-il avant d’ajouter : ”mais dans d'autres Etats comme l’Oregon ou le Wisconsin il y eu des combats de rue entre républicains et démocrates”. Selon ce résident californien, Joe Biden a mené une “campagne acharnée” pour remporter ces élections. Il regrette cependant qu’il n’y ait eu que deux débats télévisés. La nouveauté du vote par correspondance l’a quant à lui séduit et a permis de court-circuiter les stratégies républicaines. “Il faut constater que le parti républicain pour tenter de garder le contrôle essaye toujours de décourager les démocrates de voter. Dans les quartiers qu'ils contrôlent, ils réduisent le nombre de bureaux de vote. L'attente devant les bureaux peut durer plusieurs heures, parfois de 4 à 7 heures”, détaille-t-il. Jean-Jacques Richard salue également la nomination de Kamala Harris, la première femme, et noire, au poste de Vice-présidente. “C’est historique !”

Harris Womitso qualifie cette campagne “d’assez intéressante, en particulier avec la crise sanitaire que nous vivons”. Selon lui, les partisans républicains ont occulté, à tort, ce paramètre. “Ils ont fait des rallyes dans plusieurs États sans masques et ses partisans animait vraiment nos week-end”, raconte-t-il. “La  campagne de Biden était assez modérée, il n'y avait pas la même effervescence, en tout cas pas dans en Arizona. Mais il y a eu beaucoup de propagande faite des deux côtés”. Son État, principalement acquis aux républicains, a basculé, à la surprise générale, en faveur du candidat démocrate Joe Biden.

Malgré la pandémie de Covid-19, Patrick Thouron a assisté à une campagne présidentielle de taille. “Il y a eu une très forte mobilisation. Le gouverneur de l’Etat de New-York a fortement encouragé le vote par correspondance ce qui a favorisé les votes démocrates”, explique le professeur. Mais il estime ne pas avoir ressenti de compétition virulente entre démocrates et républicains. “J’habite sur la côte Est qui est traditionnellement une côte bleue (démocrate)”, explique-t-il. “Par contre au niveau national, la campagne a été un véritable cirque. C’était guignolesque, notamment lors des débats entre les candidats.”

Tous trois s’accordent à dire que cette élection présidentielle est hors-norme. “C’est la première fois qu’on se retrouve dans ce cas de figure où le président sortant met en doute la véracité des résultats des élections et ce même avant les élections”, affirme Harris Womitso. Pour Patrick Thouron, la situation est historique. “On est dans une situation qui n’a pas d’équivalent  : on a un président qui ne veut pas s’en aller et une pandémie pour laquelle rien n’est fait”, déclare-t-il. Jean-Jacques Richard qui a vu son candidat l’emporter, lui, préfère temporiser. S’il n’exclut pas les “tendances dictatoriales de Trump",  la situation devrait s’apaiser et s'acheminer vers la normale. ”Le monde entier a bien besoin”, conclut-il.

Harris Womitso    -               Patrick Thouron -         Jean-Jacques Richard

 

Article rédigé par Yasmina El Kouhen, ancienne élève du Lycée Paul Valéry à Meknès (Maroc) et membre de l'Union-ALFM.

Interviews : Marine Durand & Emmanuelle Failler 

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