Rencontre avec Fanny Bernard, ancienne élève du lycée français de Dakar

31 jan. 2018
[Article en partenariat avec l'association locale ALFD de Dakar]
C’est avec beaucoup de plaisir que nous vous présentons, via cet article, une ALFD aux multiples talents, à savoir Fanny Bernard alias Lou B Simone. Elle a accepté de répondre à nos questions depuis Haiti. Notre ancienne élève est pleine de talent!
 
 
Les lycées français de l’étranger tiennent une place de choix dans ma vie aussi bien personnelle que professionnelle. Ce réseau. Ces valeurs. Cet univers. Ce monde à l’intérieur du monde. Le mien, le vôtre peut-être aussi ?
 
J’y ai pour ainsi dire passé toute mon existence. Je suis née en France, mais suis arrivée au Burundi dès mes deux premiers mois. Mes premiers pas à l’école maternelle se sont donc faits à l’école française de Bujumbura. J’en retiens : mes amis de toutes les couleurs, nos jeux universels. Puis, à six ans, me voilà sur les bancs du Lycée Liberté A de Bamako au Mali. Le réseau commence à se tisser. À l’époque, pas d’internet, juste les courriers dans le casier de ma mère, enseignante dans ce même établissement. Je guette et reçois des nouvelles de mes amis de Buja toujours là-bas ou déjà repartis ailleurs. Mon adolescence s’est écoulée au Lycée Jean Mermoz de Dakar, celui de Ouakam, la version avec les préfabriqués. Son ambiance familiale, ses activités : le journal avec Stéphanie, le théâtre avec Philippe, le sport de Manu. Les cours, les sorties, la plage. Une période bénie. Le baccalauréat approche, bien préparée par Fanta et son équipe, je finalise mon parcours en série littéraire en 2001.
 
Je n’ai vécu que six ans en France Métropolitaine. A peine le temps de passer deux licences : une en Lettres Modernes, la deuxième en Arts du spectacle, spécialisation Théâtre. A l’université Toulouse le Mirail, mon parcours de globe trotteuse fait rêver. Et je croise, au grès de mes déplacements, d’autres élèves de ma promotion : l’un chante dans un télécrochet, l’autre écrit, une s’investit dans une association pour les sans-abris. Ils arrivent eux aussi de loin. Tous se cherchent une identité : ils ne sont ni seulement français, ni totalement étrangers. Tous finissent par constater que notre origine est une richesse. Nous sommes des enfants du monde avec comme lien l’enseignement français à l’étranger. Je décide de revenir dans cette communauté qui me ressemble : ouverte, métissée, torturée, parfois. C’est vrai.
 
Je profite donc d’être en France pour passer le CAPES et devenir prof à mon tour : je reprends le flambeau et reviens sur mes traces. Un petit tour en banlieues toulousaine et parisienne. J’enseigne à un ado qui arrive de Richard Toll au Sénégal. Il a suivi le programme français dans un établissement sénégalais. Il est immigré. Et puis m’en vais. Je passe par la case Île de la Réunion où certains de mes profs d’enfance se sont installés. Ils ont pris goût à la vie en dehors de la Métropole et retrouvent sur cette île, le parfum de l’Afrique. Je retrouve aussi ma meilleure amie du Mali, Léna, en exil, comme moi. Je monte mon premier club de théâtre : Pierre, Jade, Audrey. Les petits comédiens de BDN.
 
Enfin, je suis sélectionnée au Lycée Français Jean Mermoz de Dakar pour y enseigner le français en contrat de résident. C’est le retour au pays natal.
Mon séjour au Sénégal en tant qu’enseignante n’a rien à envier à ma scolarité d’adolescente. Ce lycée est à la pointe de la pédagogie, de la technologie, de l’innovation. Je retrouve mes anciens professeurs qui sont mes nouveaux alliés dans cette tâche que je me suis fixée : poursuivre la mission de mes aînés. Je me lie aussi avec d’autres collègues qui m’aident à me former : Fabrice, Laurence, Corinne. Et surtout notre cher proviseur : Philippe Lagier. Grâce à eux, j’enrichis mes connaissances en Théâtre, j’anime des ateliers. Nous créons la troupe des Saï Saï, participons à des festivals, ouvrons les portes de Mermoz aux artistes locaux. Dada. Renaud. Émulation, partage.
 
J’ai tellement appris durant ces quatre années ! De mes élèves, d’abord. Qui m’ont tout donné sans compter : leur confiance, leur respect et même pour certains, à la fin de leur scolarité : leur amitié. Mais aussi de tous les personnels qui sont investis dans cet établissement. Mes collègues de Français, les spécialistes de la filière STMG : Sonia, Stéphanie. Sans oublier Lamine de l’amphithéâtre ni les surveillants et des profs qui s’investissent, qui animent des clubs sur leur temps libre. Béa. Alison. Cédric. Rémi. Tous sont présents, aux spectacles comme aux conseils d’enseignement.
Cette expérience est tellement riche qu’elle me permet d’en faire un roman. La belle histoire née entre deux corrections de copies de bac blanc. Il retrace les bonheurs et les désillusions de cette vie nomade.
 
Gonflée à bloc, j’obtiens un poste d’enseignante expatriée à mission de conseillère pédagogique au Lycée Alexandre Dumas de Port-au-Prince en Haïti. Je peux alors réinvestir les pépites cueillies sur mon chemin. Nous formons une nouvelle troupe de théâtre adolescent : Les Lobeyeurs. Mes élèves haïtiens rencontrent ceux de Dakar lors d’un camp d’été aux États Unis. Le monde est tout petit. Au LAD, j’enrichis encore mes compétences au contact d’une équipe pédagogique de qualité : collègues haïtiens et français. J’apprends. Mes élèves donnent aussi, tellement. Leur langue française pose question, fait rêver. J’évolue.
 
A présent, pour raisons budgétaires, mon contrat ayisien touche à sa fin. Je quitte le pays de Toussaint Louverture qui m’a fait naitre écrivain. Mon premier roman écrit au Sénégal a été publié lors de mon séjour en Haïti. Mon nouveau, Le deuxième roman de Thomas Simon sortira dans quelques semaines et est empreint de cette expérience haïtienne. Cette terre d’écriture m’a offert une nouvelle passion, une autre corde à mon arc. Mon fils aussi est né et je lui souhaite de pouvoir grandir au sein de cette communauté.
Ce que j’ai vu dans les quatre établissements français de l’étranger que j’ai eu la chance de fréquenter en tant qu’élève d’abord, en tant qu’enseignante ensuite, est impossible à résumer.
 
Si je devais n’en retenir que quelques mots, je choisirais : excellence, richesse, partage, mélange, ouverture sur le monde. Solidarité aussi, grâce aux réseaux sociaux qui nous permettent de savoir toujours ce que chacun devient, dans son coin du globe. De nous entraider, quand on le peut.
Je suis de ceux-là, de ceux qui véhiculent la culture française à l’étranger. De ceux qui vivent l’expérience.
C’est mon identité.
C’est ma fierté. “
 
Pour accéder directement aux livres et interviews de Fanny:
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